Enseignement et recherche sont, à parts égales, la raison d'être de l'Université. Ce sont ces deux activités qui font de l'Université le lieu de l'acquisition et de la transmission des savoirs. Et ces deux activités sont indissociables l'une de l'autre, tant parce que l'enseignement n'est complet que s'il est fondé sur la recherche, que parce que la recherche ne s'exprime pleinement que dans l'enseignement.
C'est dans cet esprit qu'a été forgé le statut de l'enseignant-chercheur, par un décret de 1984. L'objectif de ce texte était de garantir la dualité fondamentale de la mission accomplie par l'enseignant-chercheur.
Cet objectif est plus que jamais d'actualité, mais les règles établies il y a vingt-cinq ans ne répondent plus à la réalité des problématiques de l'université d'aujourd'hui. Elles forment un carcan trop rigide, qui ne correspond pas à la diversité des investissements personnels. Elles opposent un obstacle infranchissable à toute possibilité de modulation. Elles empêchent en fait les enseignants-chercheurs d'aménager leur emploi du temps en fonction de l'état d'avancement de leurs travaux ou de leurs centres d'intérêts personnels.
Pour préserver ce statut auquel nous tenons tant, il nous faut plus de souplesse. C'est ce que réclame depuis des années la communauté universitaire, et c'est ce que propose aujourd'hui Valérie Pécresse, en revoyant le décret de 1984.
Il s'agit de faire en sorte que l'Université s'adapte aux hommes et aux femmes qui la composent. L'obligation unique des 192 heures de cours par an, telle que prévue par le décret, est la négation pure et simple de l'autonomie de chaque enseignant-chercheur, mais aussi de la pluralité des rôles (coopération internationale, formation à distance, tâches administratives, etc.) que ceux-ci remplissent en plus de leurs fonctions traditionnelles.
La révision du décret vise simplement à permettre aux uns et aux autres de se consacrer davantage à la recherche ou davantage à l'enseignement, sur la base d'un nombre d'heures minimum pour chacune de ces missions et dans le complet respect des spécificités liées au statut d'enseignant-chercheur. Une évaluation effectuée tous les quatre ans doit servir à moduler les nombre d'heures dédié à la recherche et à l'enseignement.
Le suivi des carrières suscite des inquiétudes qui sont à la fois saines et légitimes. En ce domaine, en effet, rien ne serait plus à craindre qu'une atteinte au principe essentiel de l'indépendance des enseignants-chercheurs, gage de la pédagogie des cours et de la qualité des travaux universitaires.
C'est la raison pour laquelle le projet de décret encadre rigoureusement le suivi des carrières: aux termes du projet de décret, les évaluations sont conduites par les enseignants-chercheurs eux-mêmes, dans le cadre du Conseil national des universités, formation indépendante et représentative de la multiplicité des disciplines universitaires; sur la base de ces évaluations, les conseils d'administrations des universités rendent des décisions motivées et publiques modulant ou non le nombre d'heures d'enseignement et de recherche; ces décisions peuvent l'objet d'un recours devant un collège de pairs élus.
Malgré dix-huit mois de concertation avec l'ensemble des acteurs de la vie universitaire, des craintes continuent de s'exprimer. Ces craintes ne sont pas une fin de non-recevoir. Elles sont une raison supplémentaire de discuter plus et de s'écouter mieux. Le renouvellement du statut de l'enseignant-chercheur est trop important pour qu'on ne consacre pas plus de temps à la réflexion et au dialogue.
Nommer une médiatrice pour poursuivre la négociation était sans doute le meilleur parti à prendre pour Valérie Pécresse. Claire Bazie-Malaurie a l'avantage d'arriver dans ce dossier sans idée préconçue, et elle n'hésitera pas à mettre sur la table tous les points qui font encore difficulté.
Peu importe la durée de ce débat, pourvu qu'il lève enfin toutes les incertitudes. Car sur ces sujets primordiaux que sont la recherche et l'enseignement supérieur, les moyens financiers ne suffisent pas. L'effort considérable que produit l'Etat en 2009 (le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche est porté à 24,16 milliards d'euros, soit une augmentation totale de 6,5 % des moyens budgétaires et fiscaux par rapport à 2008; viennent s'ajouter à ce budget les 731 millions d'euros débloqués au titre du plan de relance) serait totalement vain s'il n'était pas accompagné de progrès tangibles dans l'organisation universitaire. Nous construisons et nous réhabilitons des locaux, nous encourageons la recherche, mais nous ne parviendrons pas à préparer l'Université aux défis de demain en persistant à tenter de la faire fonctionner sur un schéma d'hier. Impulser le changement à l'Université en restant fidèles à ses principes, c'est la volonté du Président de la République et c'est l'objet de la loi sur l'autonomie des universités; l'amélioration du décret de 1984 sera un pas de plus dans cette direction.







